TDAH. Autisme. HPI. DYS. TOC, Hypersensibilité. Trouble du spectre de l’autisme. Neuroatypique. Neurodivergent…
Comprendre son enfant au-delà des étiquettes ! Lorsqu’un enfant rencontre des difficultés, qu’il semble fonctionner différemment ou qu’il ne réagit pas comme les autres enfants de son âge, mettre un mot sur cette différence peut être un véritable soulagement, TDAH. Autisme. HPI. DYS. TOC, Hypersensibilité. Trouble du spectre de l’autisme. Neuroatypique. Neurodivergent… Enfin, quelque chose devient compréhensible, certains comportements prennent un autre sens, les parents peuvent parfois arrêter de se demander : Qu’est-ce que nous avons raté ?Pourquoi n’y arrivons-nous pas comme les autres familles ? Pourquoi ce qui semble simple pour les autres est-il si compliqué pour lui ?
Une identification ou un diagnostic peut ouvrir des portes : vers une meilleure compréhension, vers des professionnels, vers des aménagements, vers des ressources adaptées et parfois simplement vers un sentiment immense de soulagement.
Mais une question mérite peut-être de rester ouverte : À quel moment un mot qui nous aide à comprendre risque-t-il de devenir un mot qui nous empêche de continuer à découvrir l’enfant ?
Pourtant, une question se pose : Que se passe-t-il lorsque nous commençons à regarder une personne à travers la catégorie dans laquelle nous l’avons placée .
Catégories pour comprendre le monde
Catégoriser n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Notre cerveau le fait constamment.
Nous classons, comparons, rapprochons, distinguons. Ces catégories constituent des sortes de raccourcis qui nous permettent de comprendre plus rapidement ce qui nous entoure. La thèse rappelle ainsi que la catégorisation est l’un des mécanismes fondamentaux par lesquels nous organisons notre perception du monde.

Cela vaut également lorsque nous cherchons à comprendre un enfant.
Lorsqu’un parent découvre que son enfant est autiste, TDAH ou présente un fonctionnement particulier, certaines pièces du puzzle peuvent soudain s’assembler.
Cette crise que l’on croyait être un caprice peut apparaître autrement.
Cette difficulté à supporter certains bruits peut prendre du sens.
Cette passion extrêmement intense pour un sujet peut être regardée différemment.
Cette incapacité à commencer un exercice pourtant simple peut ne plus être interprétée comme de la mauvaise volonté.
Cette difficulté avec les autres enfants peut ne plus être réduite à un manque d’efforts.

La catégorie devient alors une grille de lecture.
Le problème n’est donc pas nécessairement la catégorie. Le problème apparaît lorsque la grille de lecture devient la seule manière de regarder l’enfant
Une catégorie ne représente pas la personne
Une catégorie comme TDAH. Autisme. HPI. DYS. TOC, Hypersensibilité. Trouble du spectre de l’autisme. Neuroatypique. Neurodivergent…fonctionne nécessairement par simplification.
Pour pouvoir regrouper plusieurs personnes sous un même terme, nous devons retenir certains traits communs.
Mais un être humain est infiniment plus complexe.
Deux enfants ayant reçu le même diagnostic peuvent avoir des sensibilités, des compétences, des difficultés, des intérêts et des manières d’entrer en relation extrêmement différentes.
C’est ici justement qu’apparait ce paradoxe : les catégories nous permettent de réduire l’incertitude et de mieux comprendre, mais elles peuvent également devenir des cadres rigides auxquels on finit par demander à l’individu de correspondre.
Et cette question me paraît essentielle lorsqu’on accompagne un enfant atypique.
Imaginez la différence entre ces deux regards :
« Mon enfant est autiste, donc il ne peut pas… » et : « Mon enfant est autiste. Comment fonctionne-t-il, lui, dans cette situation précise ? »
Le diagnostic est le même. Mais le regard posé sur l’enfant est totalement différent. Dans la première phrase, la catégorie apporte déjà la conclusion. Dans la seconde, elle apporte une information… puis laisse la porte ouverte à la découverte. C’est une différence considérable.
Le risque de l’essentialisation : quand une caractéristique devient une identité entière
L’essentialisation
l’essentialisation est un processus par lequel un individu ou une entité est réduit à une seule de ses caractéristiques, omettant sa complexité et diversité.
Essentialiser une personne consiste, schématiquement, à considérer qu’une caractéristique définit profondément et durablement ce qu’elle est.

Cela peut prendre une forme négative :
Il est autiste, donc il sera toujours incapable de… Mais cela peut également prendre une forme apparemment positive :
- Il est HPI, donc il comprend forcément plus vite.
- Les personnes autistes sont extraordinaires en informatique.
- Les neuroatypiques sont beaucoup plus créatifs.
- Les enfants atypiques ont tous un talent caché.
Le problème est le même. Dans les deux cas, nous avons cessé de regarder l’individu. Nous regardons ce que nous pensons savoir de sa catégorie.
Cette essentialisation peut devenir paradoxale. Même une catégorie destinée à revaloriser une différence peut finir par maintenir l’individu dans une représentation fixe de lui-même.
Et c’est probablement là que se trouve une vigilance particulièrement importante pour les parents.
Valoriser la différence de son enfant ne signifie pas devoir transformer cette différence en identité définitive.
- Un enfant autiste n’a pas à correspondre à l’image que nous avons de l’autisme.
- Un enfant HPI n’a pas à être brillant partout.
- Un enfant DYS peut exceller dans certains domaines et rencontrer des obstacles immenses dans d’autres.
- Un enfant TDAH peut être très concentré dans certaines situations et complètement dispersé dans d’autres.
Il n’y a pas de contradiction. Il y a simplement un être humain complexe.
La neurodiversité a changé le regard porté sur la différence
La notion de neurodiversité s’est construite notamment à partir du mouvement autistique.
C »est un mouvement cherchant à faire reconnaître la diversité des modes de pensée et à déplacer le regard porté sur certains fonctionnements cognitifs : ne plus les considérer seulement sous l’angle de la déficience ou de la pathologie, mais aussi comme des différences humaines.
Ce déplacement est important.
Pendant très longtemps, le modèle dominant a été principalement médical :
- la difficulté se trouve dans l’individu.
- L’individu a un trouble.
- Il faut donc diagnostiquer ce trouble, éventuellement le traiter, le compenser ou aider la personne à s’adapter.
Le modèle social du handicap a profondément déplacé cette perspective. Il nous invite à regarder également l’environnement. Une personne ne rencontre pas uniquement des difficultés à cause de son propre fonctionnement.
Elle peut aussi rencontrer des difficultés parce qu’elle évolue dans un environnement conçu pour une autre manière de fonctionner. Prenons un exemple très simple.
Un enfant extrêmement sensible au bruit entre dans une cantine où deux cents enfants parlent simultanément.

Le modèle centré uniquement sur l’enfant pourrait demander :
Comment faire pour qu’il supporte mieux le bruit ?
Le regard environnemental ajoute une deuxième question :
Que pourrions-nous modifier dans son environnement pour que cette situation lui soit plus accessible ?
Cette deuxième question a énormément changé l’accompagnement des personnes atypiques.
Et heureusement. Mais essayons d’aller plus loin.
Et si nous sortions de l’opposition « c’est l’enfant » ou « c’est l’environnement » ?
Le modèle médical et le modèle social peuvent tous deux présenter une limite lorsqu’ils conduisent à considérer les situations comme trop fixes.
Dans un cas :
c’est à l’individu de changer.
Dans l’autre :
c’est à l’environnement de changer.
Et si nous réfléchissions davantage en termes d’interaction et de co-construction : l’individu peut évoluer et son environnement peut évoluer au contact de sa différence.
Pour un parent, cette idée peut changer beaucoup de choses.
Vous n’avez pas nécessairement à choisir entre :
« Mon enfant doit apprendre à s’adapter au monde. » et :« Le monde doit entièrement s’adapter à mon enfant. »
Et si nous nous posions les bonnes questions ?
- Que peut apprendre mon enfant ?
- Que pouvons-nous modifier autour de lui ?
- De quoi est-il capable aujourd’hui ?
- Qu’est-ce qui lui demande encore trop d’énergie ?
- Quelles compétences peut-il développer ?
- Qu’est-ce que sa manière différente de percevoir la situation peut, elle aussi, nous apprendre ?
Cette approche ne demande ni de nier les difficultés ni de vouloir normaliser l’enfant. Elle cherche plutôt une évolution réciproque.
Accompagner n’est pas normaliser
Cette nuance est fondamentale. Aider un enfant à développer une compétence sociale ne signifie pas nécessairement lui demander de devenir comme les autres.
Lui apprendre à identifier ce qu’il perçoit ne signifie pas lui demander de ressentir comme les autres.

L’aider à communiquer différemment ne signifie pas nier son fonctionnement. Et adapter son environnement ne signifie pas non plus décider qu’il ne pourra jamais développer de nouvelles capacités. Il ne s’agit ni d’intégrer la personne en lui demandant de se fondre dans le système, ni de l’inclure en la considérant comme définitivement différente.
Elle envisage plutôt une co-construction dans laquelle la personne conserve son individualité tout en entrant davantage en relation avec le groupe, et dans laquelle le groupe lui-même accepte d’être modifié par cette rencontre.
Transposé à un enfant, cela pourrait devenir : Je ne vais pas essayer de faire disparaître ta différence, je ne vais pas non plus décider à ta place, je vais te laisser faire tes propres choix.
- Je vais apprendre à te connaître.
- Je vais essayer de comprendre ce qui te demande énormément d’efforts.
- Je vais chercher les environnements qui te permettent de mieux fonctionner.
Et, lorsque cela est possible, je vais aussi t’accompagner progressivement à construire des compétences qui agrandissent ton monde, te donner les moyens de t’épanouir.
Les talents et les difficultés peuvent exister ensemble
Certaines compétences intellectuelles particulièrement développées pourraient, chez certains individus, s’être renforcées parallèlement à un rapport plus difficile au monde relationnel : investir fortement les connaissances, les raisonnements ou les domaines techniques pouvant devenir une sorte de « refuge » lorsque le monde social paraît plus difficile à comprendre.
Et si, au lieu de regarder séparément les forces et les difficultés de notre enfant, nous cherchions parfois à comprendre comment elles se sont construites ensemble ?
- Un enfant peut passer des heures à apprendre tout ce qui concerne les dinosaures.
- Un autre dessine constamment.
- Un autre connaît toutes les lignes de métro.
- Un autre démonte et remonte des objets.
- Un autre lit énormément.
- Un autre invente des mondes complexes dans lesquels il peut rester très longtemps.
Nous pouvons évidemment admirer ces compétences. Mais nous pouvons également rester curieux.
- Que lui apporte cette activité ?
- Du plaisir ?
- Du calme ?
- De la maîtrise ?
- Un monde prévisible ?
- Une manière de retrouver de la sécurité ?
- Un moyen de communiquer ?
- Une façon d’échapper temporairement à un environnement relationnel qui lui demande énormément d’énergie ?
Il ne s’agit pas de chercher un problème derrière chaque talent. Il s’agit de ne pas conclure trop vite.
Un talent n’annule pas une difficulté
C’est un autre piège possible des représentations positives de la neurodiversité.
Dans le désir légitime de sortir d’un regard uniquement déficitaire, nous pouvons parfois basculer dans l’excès inverse. Mais elles peuvent également devenir lourdes à porter.
Parce qu’un enfant atypique n’a pas besoin d’être extraordinaire pour avoir le droit d’être respecté dans sa différence.
- Il peut avoir des talents.
- Il peut aussi ne pas avoir de talent spectaculaire identifiable.
- Il peut être extraordinairement performant dans un domaine et très vulnérable dans un autre.
Ces réalités peuvent coexister.
Découvrir leurs talents ne consiste pas à nier leurs difficultés. Et reconnaître leurs difficultés ne consiste pas à oublier leurs talents. Les deux peuvent être vrais en même temps.
Derrière l’étiquette se trouve souvent un besoin immense d’être reconnu
Pourquoi cherchons-nous parfois si intensément un mot pour expliquer une différence ? Parce qu’un mot peut apporter quelque chose de très précieux : la reconnaissance. Pourquoi? parce que la personne se sent incompris bien souvent
- « Maintenant je comprends. »
- « D’autres personnes vivent cela. »
- « Je ne suis pas seul. »
- « Ce que je ressens existe. »
- « Quelqu’un peut enfin comprendre pourquoi certaines choses me demandent autant d’efforts. »
Cette recherche de reconnaissance participe à la construction des catégories humaines. Elle souligne notamment le lien entre besoin social de reconnaissance et construction d’une identité catégorielle.
Chez un adulte, pouvoir mettre des mots sur certaines expériences peut donc être profondément aidant.
A quoi sert un diagnostic ?
Avec les diagnostics et les catégories humaines, nous posons parfois des caractéristiques figées.
Nous lisons : « difficulté avec les interactions sociales ». Puis nous regardons l’enfant à travers cette phrase.
Nous lisons : « besoin de routines ». Et nous pouvons finir par anticiper une difficulté avant même de voir comment cet enfant précis réagit.
Nous lisons : « déficit de l’attention ». Et parfois, sans le vouloir, nous ne voyons plus les moments où il possède une attention extraordinaire.
Votre enfant n’est pas une catégorie
Les personnes évoluent, les environnements évoluent, et leur interaction peut modifier les deux. Un accompagnement et un environnement bienveillant permettent des évolutions significatives, alors même que la catégorie attribuée à la personne restait inchangée.
Un enfant de six ans n’est pas la version miniature de l’adulte qu’il deviendra.
- Il va apprendre.
- Compenser certaines choses.
- En abandonner d’autres.
- Découvrir des intérêts.
- Développer des stratégies.
- Rencontrer des personnes.
- Changer d’environnement.
- Acquérir des compétences.
- Peut-être découvrir certaines limites.
- Peut-être dépasser certaines limites que nous pensions définitives.
- Et son environnement sera également transformé par lui.
C’est peut-être cela, finalement, que signifie véritablement regarder un enfant autrement : ne pas nier ce qui est là aujourd’hui, sans décider que ce qui est là aujourd’hui définit définitivement demain.
Alors, quelle place donner aux étiquettes ?
Peut-être une place intermédiaire.
Ni les rejeter. Ni leur donner tout le pouvoir. Une identification peut permettre de comprendre. Un diagnostic peut permettre d’obtenir de l’aide dans certains cas.
Elle peut mettre des mots sur une souffrance ou une incompréhension. Elle peut permettre à un enfant de comprendre qu’il n’est pas seul à fonctionner ainsi.
Mais elle peut rester ce qu’elle devrait probablement être : un outil de compréhension.
Pas une conclusion.
Lorsque vous entendez :
« Les enfants autistes sont… » ou « Un enfant HPI a besoin de… »
vous pouvez peut-être ajouter intérieurement : « Est-ce vrai pour mon enfant ?»
Lorsque quelqu’un affirme :
« Avec son TDAH, il ne pourra jamais… » peut-être pouvons-nous remplacer la conclusion par une question :
Est-ce que ceci est difficile pour lui aujourd’hui ? qu’est-ce qui pourrait lui permettre de faire ceci facilement ?
La question ouvre sur d’autres possibilités.
L’enfermement des catégories
Une nouvelle catégorie peut reproduire le même enfermement si elle continue à considérer les personnes comme porteuses de caractéristiques fixes. Le véritable changement de regard pourrait être ailleurs. Dans notre capacité à reconnaître une différence avec bienveillance.
- À voir les différences sans réduire l’enfant à celles-ci.
- À reconnaître ses talents en l’observant
- À adapter son environnement sans renoncer à toute possibilité d’évolution.
- À l’aider à entrer dans le monde sans lui demander de renoncer à lui-même., le laisser être lui.
Lire l’article : Et si votre enfant ne pouvait pas faire autrement ?
