Autisme Asperger, Handicap?
Pendant longtemps, j’ai entendu parler de l’autisme et de Asperger à travers le prisme du handicap. Les critères diagnostiques décrivent principalement des difficultés : communication, interactions sociales, comportements répétitifs, intérêts spécifiques…
Au fil de mes rencontres avec des personnes autistes, quelque chose en moi a changé.
J’ai dû abandonner beaucoup de certitudes. J’ai cessé de chercher ce qui leur « manquait » pour commencer à me demander ce qu’elles percevaient que nous ne voyions pas.
Cette simple question a tout transformé.

Et si l’autisme et Asperger n’était pas un déficit ?
Je ne nie pas les difficultés que peuvent vivre certaines personnes autistes. Elles sont réelles, parfois profondes, et méritent d’être reconnues. Regardez le témoignage de la mère de Temple Grandin, Eustacia Cutler, Temple Grandin’s mother introduces Temple.
Temple Grandin est multi diplômée et a inventé un système qui aujourd’hui est utilisé par près de la moitié des abattoirs à bovins d’Amérique du Nord. Temple Grandin est mondialement reconnue pour deux contributions majeures. La première est d’avoir été l’une des premières personnes autistes à témoigner de ses perceptions et de son fonctionnement. À travers ses livres et ses nombreuses conférences, elle a permis à des millions de personnes de mieux comprendre la manière dont les personnes autistes perçoivent, analysent et vivent le monde, contribuant ainsi à faire évoluer les regards et à favoriser une société plus inclusive.
La seconde concerne son travail sur le bien-être animal. Grâce à sa façon singulière de percevoir son environnement, Temple Grandin a conçu des installations et des méthodes innovantes qui réduisent le stress des animaux dans les élevages et les abattoirs. Ses travaux ont profondément transformé les pratiques de l’industrie de l’élevage aux États-Unis et dans de nombreux autres pays.
Est ce que notre société ne regarde pas principalement l’autisme à travers ce qui diffère de la norme?
Lorsque quelqu’un fonctionne autrement, avons-nous tendance à voir immédiatement ce qu’il ne fait pas… plutôt que ce qu’il fait différemment ?
Une personne autiste n’a t-elle pas un mode de perception différent de la plupart des personnes?
Une autre manière de recevoir le monde
Ce qui m’a frappée chez de nombreuses personnes autistes ou Asperger que j’ai rencontrées, c’est leur façon d’être présentes au monde.
J’ai parfois eu l’impression qu’elles captaient une quantité d’informations bien plus vaste que ce que nous traitons consciemment. Là où beaucoup d’entre nous filtrent le monde à travers nos pensées, nos interprétations ou nos émotions, certaines personnes autistes semblent recevoir énormément d’informations de manière beaucoup plus directe.
Je ne prétends pas que cette expérience soit universelle. C’est simplement ce que mes observations m’ont amenée à percevoir.
Cette façon d’être m’a invitée à ralentir, à observer davantage et à écouter autrement.
Le présent comme seul point d’ancrage
L’une des choses qui me touche le plus est cette capacité que je ressens chez certaines personnes autistes à être profondément ancrées dans l’instant.
Comme si le temps n’était pas vécu de façon linéaire.
Comme si seul le moment présent existait réellement.
Lorsque je me rends disponible à cette présence, sans chercher à analyser ni à tout comprendre mentalement, je découvre un espace de calme étonnant.
Je me demande parfois si nous avons, nous aussi, accès à cette qualité de présence… mais que notre mental nous en éloigne continuellement.
Et si notre façon de penser créait de la séparation ?
Notre société valorise énormément la réflexion, l’analyse, les émotions, les explications.
Nous avons appris à comprendre le monde en le découpant, en le classant, en lui donnant du sens.
Pourtant, je me demande parfois si cette manière de fonctionner ne crée pas aussi une forme de séparation avec ce qui est.
Les personnes autistes que j’ai rencontrées m’ont souvent donné l’impression d’habiter un espace beaucoup moins filtré par le mental.
Cela ne signifie pas qu’elles ne pensent pas ou qu’elles n’éprouvent rien. Bien au contraire. Mais leur manière d’entrer en relation avec le monde semble parfois suivre une logique très différente de celle que notre société considère comme « normale ».
Une communication différente n’est pas une absence de communication
L’un des plus grands enseignements que j’ai reçus concerne la communication.
On dit souvent que les personnes autistes communiquent difficilement.
Pour ma part, je dirais plutôt qu’elles communiquent autrement.
Lorsque je cesse d’attendre une communication exclusivement verbale, je découvre une richesse incroyable.
Un regard.
Une posture.
Une énergie.
Une image.
Une présence.
Tout devient communication.
J’ai parfois le sentiment que certaines personnes autistes ou Asperger traitent les informations de manière extrêmement rapide, sous forme d’images plutôt que de mots successifs.
Si cette perception est juste, il devient facile de comprendre pourquoi notre langage verbal peut parfois sembler lent ou laborieux.
Cela m’a appris à simplifier ma communication, à être plus claire dans mon intention et surtout à être pleinement présente.
Changer notre regard
Je ne crois pas que l’autisme ou Asperger doit-être réduit à une liste de déficits.
Je crois que chaque personne autiste possède sa propre manière d’habiter le monde.
Certaines auront besoin d’un accompagnement important pour pouvoir devenir autonome. Regardez le témoignage de la mère de Temple Grandin, Eustacia Cutler, Temple Grandin’s mother introduces Temple
D’autres développeront des capacités remarquables.
Comme pour chacun de nous.
Mais je crois surtout que nous avons beaucoup à apprendre si nous acceptons de regarder l’autisme autrement.
Peut-être que le véritable changement ne consiste pas à vouloir rendre les personnes autistes plus semblables aux autres.
Peut-être consiste-t-il aussi à élargir notre propre manière de percevoir le monde.
Ce que l’autisme et Asperger m’a appris
L’autisme m’a invitée à remettre en question mes certitudes.
À écouter au-delà des mots.
À faire davantage confiance à ma perception.
À ralentir.
À être présente.
À accepter que certaines réalités ne puissent pas toujours être expliquées par la logique.
Et surtout, il m’a appris qu’avant de vouloir comprendre une personne, il est peut-être plus juste de commencer par être véritablement avec elle.
C’est dans cet espace d’ouverture que naissent, selon moi, les plus belles rencontres.
