Argent de poche : cette erreur change toute une vie

L’argent de poche ne nous apprend pas seulement à gérer notre argent. Il nous apprend aussi si nous avons le droit de faire confiance à nos propres choix.


Et si notre rapport à l’argent commençait avec notre argent de poche ?

Nous étions en Espagne.

Je devais avoir une douzaine d’années.

En me promenant dans une rue commerçante, je tombe sur un magnifique sweat-shirt à motif panthère. Je le trouve superbe. Je l’imagine déjà dans ma valise et je suis fière, parce que je vais pouvoir me l’acheter toute seule.

Ma grand-mère m’avait donné un billet de 50 francs avant de partir en vacances. C’était mon argent.

Je demande donc qu’on me donne le billet.

Et là, j’entends cette phrase :

« Tu ne vas quand même pas acheter cette horreur ! Il n’est pas question que tu dépenses ton argent pour un truc aussi ridicule ! »

Je n’ai pas acheté le sweat-shirt.

Aujourd’hui, je peux vous dire à quoi il ressemblait exactement.

Et, je me souviens parfaitement de ce que j’ai ressenti.

La honte. La frustration.

La déception.

Et surtout cette impression étrange que, finalement… cet argent ne m’appartenait peut-être pas vraiment.

Avec le recul, je réalise que ce jour-là, je n’ai pas seulement renoncé à un vêtement.

J’ai appris quelque chose de beaucoup plus profond :

Mes envies n’étaient peut-être pas de bonnes envies.

Et si c’était là que notre relation à l’argent commençait vraiment ?


garcon-argent de poche

L’argent de poche ne nous apprend pas seulement à compter

Beaucoup de parents donnent de l’argent de poche pour apprendre à leur enfant à gérer un budget.

C’est une excellente intention.

Mais je crois que l’argent de poche enseigne bien plus que cela.

Il apprend à l’enfant s’il a le droit… ou non… de faire confiance à ses propres choix.

Car recevoir de l’argent ne suffit pas.

Encore faut-il avoir le droit de décider librement ce que l’on en fait.


Le premier professeur d’argent, ce sont nos parents

Lorsque nous étions enfants, nous ne recevions pas seulement quelques pièces ou quelques billets.

Nous recevions aussi des messages.

Peut-être avez-vous entendu, vous aussi :

  • « Tu ne vas pas acheter ça ! »
  • « Quel gaspillage ! »
  • « Garde ton argent. »
  • « Tu regretteras. »
  • « Ça ne sert à rien. »

Ces phrases semblent anodines.

Pourtant, un enfant n’entend pas seulement des conseils.

Il entend souvent un message beaucoup plus profond :

Tu ne sais pas choisir.

Tu dépenses mal.

Tes envies ne sont pas les bonnes.

Sans le vouloir, nous pouvons apprendre à un enfant à douter de lui-même plutôt qu’à gérer son argent.


Pour un enfant, un achat n’est jamais « inutile »

L’adulte regarde l’utilité.

L’enfant vit une expérience.

Une figurine peut nourrir son imagination pendant des semaines.

Des cartes à collectionner peuvent créer des liens avec les copains.

Une boîte de bonbons peut représenter le plaisir de partager.

Le fameux sweat-shirt panthère n’était probablement pas un investissement raisonnable.

Mais ce n’était pas la question.

La vraie question était :

Avais-je le droit de choisir ce qui me faisait plaisir ?


Quand notre plaisir est jugé

Les psychologues expliquent que notre enfance construit une grande partie de nos croyances. Cela vaut aussi pour l’argent. Au fil des années, nous développons ce que certains appellent des « scripts financiers » : des scénarios inconscients qui influencent notre manière de dépenser, d’économiser ou de recevoir.

Lorsque nos choix sont régulièrement critiqués, nous pouvons finir par associer plaisir et culpabilité.

Nous ne nous en rendons même plus compte.

Le programme s’installe discrètement.

Si cela me fait plaisir, c’est peut-être une mauvaise idée.


Pourquoi culpabilisons-nous encore aujourd’hui ?

Vous entrez dans un magasin.

Vous trouvez enfin ce vêtement qui vous plaît.

Vous l’achetez.

Pendant quelques minutes, vous êtes heureuse.

Puis une petite voix apparaît.

« Tu n’aurais pas dû. »

« Tu dépenses vraiment n’importe comment. »

« Tu aurais mieux fait d’économiser. »

Cette voix ressemble étrangement à celle que vous avez peut-être entendue enfant.

Ce n’est surement pas votre conscience.

C’est parfois un vieux message qui continue à vivre en vous.


Certaines personnes dépensent tout. D’autres ne dépensent jamais.

Nous croyons souvent que chacun a un caractère différent avec l’argent.

Mais derrière ces comportements se cache parfois une histoire.

Certaines personnes dépensent immédiatement tout ce qu’elles gagnent, comme si garder de l’argent créait un malaise, comme s’il fallait s’en débarrasser.

D’autres économisent sans jamais s’autoriser le moindre plaisir.

D’autres encore achètent… puis culpabilisent tellement que les achats restent au fond d’un placard.

Le problème n’est pas toujours l’argent.

Le problème est parfois la relation que nous avons construite avec lui.


Se faire plaisir est-il vraiment égoïste ?

Avez-vous remarqué qu’il est souvent plus facile de dépenser pour ses enfants que pour soi-même ?

Nous trouvons normal d’offrir.

Beaucoup moins normal de recevoir.

Comme si prendre soin de soi devait toujours être justifié.

Pourtant, s’autoriser un plaisir n’est pas un acte égoïste.

C’est reconnaître que nous avons, nous aussi, de la valeur.


Et si nous transmettions autre chose à nos enfants ?

Cet article ne dit pas qu’il faut laisser un enfant acheter tout ce qu’il veut.

Notre rôle est évidemment de l’accompagner.

Mais accompagner n’est pas décider à sa place.

Nous pouvons poser des questions.

L’aider à réfléchir.

Lui laisser faire ses choix.

Sans lui faire croire que ses envies sont ridicules ou sans valeur.

Car chaque fois que nous jugeons le choix d’un enfant, nous ne lui parlons pas seulement d’argent.

Nous lui parlons aussi de la valeur de ses désirs.


enfant qui joue à un jeu

Retrouver la liberté de choisir

La prochaine fois que vous ressentirez de la culpabilité après un achat, posez-vous simplement cette question :

Cette culpabilité m’appartient-elle vraiment ?

Ou est-elle le souvenir d’une époque où quelqu’un décidait à ma place de ce que je devais faire avec mon argent ?

Au fond, l’argent n’est peut-être qu’un prétexte.

La véritable question est beaucoup plus profonde :

Ai-je le droit de faire confiance à ce que je ressens ?

Parce que notre relation à l’argent est souvent le reflet de notre relation à nous-mêmes.

Et lorsque nous permettons à un enfant de faire des choix, de se tromper, d’apprendre et de découvrir ce qui compte pour lui, nous ne lui apprenons pas seulement à gérer un budget.

Nous lui apprenons à se faire confiance.

Allez voir cette vidéo : https://youtu.be/BdB-hqwJVOs?si=L-aDSW4oh5R5Hx6v

Pour aller plus loin écoutez une intervew de 1963, Françoise Dolto et la pédagogie de l’argent de poche


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